Baies d'Erelle, créatrice de bijoux

DESIGNRosepoudrée

Fruits défendus

Les bijoux de corps font partie de ces accessoires complexes et si particuliers qu'ils attirent tous les regards et que les porter révèlent l'impertinente qui est en nous. Erelle sait développer une véritable cohésion, cohérence et alchimie entre chacune de ces créations. Son empreinte est forte, sa signature reconnaissable d'emblée. Pour ma part, je craque toujours pour les pièces les plus "culottées" de ces collections, difficilement portables, diront certaines, délicieusement "tape-à-l'oeil" dirons d'autres. Quoi qu'il en soit, on ne peut que saluer l'audace de ces pièces mi- vêtement, mi-bijou. Un régal.

Harnais "Medb, the sovereignty goddess"

Harnais "Medb, the sovereignty goddess"

Interview

Erelle, d'où venez vous?

Je suis française. J'ai grandi en Haute-Savoie, puis j'ai bougé pour mes études entre Lyon, Cannes et Londres.

Vos débuts en tant que créatrice?

J'ai fait des études de costumière en France. Par un concours de circonstances, je me suis retrouvée en Suisse et mon chemin à croisé ceux de créateurs. La possibilité de créer pour la vie quotidienne plutôt que pour la scène m'a beaucoup plu. Je suis devenue gérante d'une boutique créateurs où j'ai commencé à vendre mes toutes premières créations puis les choses se sont enchaînées.

Comment se déroulent les grands étapes de la création d'un bijou?

Tout vient d'abord d'une ligne directive créative, de l'univers dans lequel j'ai envie d'aller. Je crée et modèle ainsi toute une collection par thème que je vais ensuite présenter aux boutiques créateurs. Une fois que celles-ci m'ont passé leurs commandes, je travaille sur la production en étroite collaboration avec des artisans parisiens (bijoutiers, monteurs, fournisseurs de chaînes et de pierres, doreurs), puis une fois les pièces réalisées, je les livre en boutique.

Combien de temps, cela prend-il de l'esquisse à la fabrication?

Je crée sur peu tout le temps, mais j'ai des périodes intenses où je me concentre presque entièrement à la création. En général, une collection complète se crée sur deux mois.

Quelles sont vos sources d'inspiration?

Mes sources d’inspiration sont essentiellement les années 20 pour la richesse artistique de cette époque, mélangeant grâce et simplicité des lignes, libérant le corps et sublimant les courbes féminines. Je suis également guidée par l’imaginaire fascinant des communautés tribales, allouant une symbolique mystique aux bijoux et très influencée par l’état d’esprit folk des années 70 et de son mode de vie hippie.

Quels sont les matériaux utilisés et pourquoi ces choix?

Je travaille le laiton et le cuivre avec des pierres semi-précieuses, car j'aime la matière brute et ses imperfections. J'aime que les chaînes se vieillissent, se patinent et prennent une âme, comme un bijou vintage. Dans mon métier de costumière, j'ai appris que le corps était imparfait, asymétrique. C'est cette réalité naturelle que je recherche en utilisant des cristaux et pierres semi-précieuses. Elles sont remplies d'imperfections, de fissures et ont des facettes irrégulières. Elles témoignent de l'évolution de la terre et en portent la force et la fragilité.

Quelle est l'histoire de vos bijoux, que racontent-ils?

Ils racontent une histoire différente à chaque saison liée à un état d'esprit commun. Je puise en permanence dans les mythologies anciennes pour développer mes thèmes. Cet hiver ma collection «Hecate, queen of the dark moon» est une célébration à Hécate, Ishtar, Perséphone et Sélène, déesses de la lune et des mondes souterrains, issues de la mythologie grecque et babylonienne, à Medb, la puissante et libre reine celte, ainsi qu’à Sol Invictus, divinité solaire de l’Empire romain.

Pourquoi, des bijoux de corps?

Tout naturellement en tant que costumière je pense au corps avant de penser aux bijoux. J'ai toujours été fascinée par les parures de corps des civilisations anciennes. Pour moi se parer, s'habiller, est comme enfiler une armure, une tenue qui va nous protéger, nous renforcer pour attaquer la journée et la vivre selon notre humeur du jour. Le bijou à tout naturellement la même fonction avec une faculté supplémentaire à devenir un talisman pour celui ou celle qui l'aime et qui le porte.

Y a t'il un public pour cela?

Oui, bien sûr. Bien plus grand que ce que je pensais d'ailleurs. Au final, les boutiques avec lesquelles je travaille ont parfois peur de proposer des bijoux de corps, mais celles qui prennent le risque les vendent très bien. J'ai d'ailleurs été très étonnée du nombre de commandes que j'ai eu de clientes privées pour mes bijoux de corps sur le showroom Edelweiss de cette année. Comme quoi, les Suissesses ont bien plus de style que ce que l'on peut penser.

Pensez-vous que ces bijoux peuvent être portés au quotidien, si oui, avec quelles tenues?

Bien sûr! Il ne faut pas se laisser impressionner par la pièce en elle-même. Il faut tout simplement la porter comme un collier. C'est un accessoire qui va réveiller une tenue simple ou sublimer une tenue travaillée. Par exemple, il est très facile de porter les bretelles (bijoux de dos) sur un t-shirt mou, ample, un jeans et une paire de talons pour aller boire un verre. Ou par dessus une robe en cuir pour une soirée spéciale. Ou bien encore par-dessus une veste ou une blouse pour une tenue plus sophistiquée.

Quels sont vos futurs projets?

Développer ma marque à l'étranger. Faire grandir les "Baies" tout doucement, hors des frontières suisses.

© Photos Baie d'Erelle Website Baies d'Erelle