Nicolas Noverraz

DESIGNRosepoudrée
Nicolas Noverraz

Artiste engagé

Belle rencontre que celle de Nicolas Noverraz, artiste Genevois talentueux. Ce qui séduit d'emblée dans son travail, ce sont ses sérigraphies à la Warhol, même si au début j'avoue je trouvais l'exercice facile, j'aime trop Andy pour ne pas finir par succomber aux sérigraphies de Nicolas. Car il faut bien le dire détourner les produits de consommation Suisse, c'était plutôt bien vu.  Les compositions des bouteilles de Sinalco aux couleurs pops sont belles, harmonieuses.

Le jet d'eau devient une icône glamour et le liquide vaisselle Handy s'érige au même rang que les soupes Campbell. J'ai toujours trouvé que les imperfections hasardeuses et les irrégularités imprévisibles de la sérigraphie étaient une des choses les plus magnifiques dans le mode d'expression qu'est la sérigraphie. Cette succession d'objet semblables, mais jamais identiques. Mais Nicolas Noverraz, ce n'est pas uniquementun univers "pop Art Made in Switzerland", c'est aussi et sans doute avant tout, un artiste engagé qui fait naître le superbe de notre pollution. Les poussières du bitume, le passage des roues de nos véhicules qui marquent les routes, les traces laissées par leurs passages, tout cela mis ensemble et capturé pour toujours, sur d'immenses toiles, comme pour dénoncer nos dérives. Après le pop Art, l'Art Pollution, un message fort ou comment le beau peut naître de nos excès. Quand je lui ai demandé cet entretien, sa réponse a été de créer un parchemin, de faire de cet échange une oeuvre, histoire de ne pas faire les choses à moitié. Au final. Noverraz, c'est un artiste inscrit et ancré aujourd'hui, mais qui n'en doutez pas, marquera le temps.

Interview

Nicolas, ton travail en une phrase?

Sans hésiter, «  Le rapport entre l’homme et son milieu urbain ou l’implication de l’homme dans la dégradation de son propre milieu»

Je voulais savoir ce qui t'inspire chez Wahrol, ce qui t'as donné envie de travailler sur cette question Et si Wahrol avait été Suisse?   

Je n’ai pas à proprement dit eu d’inspiration chez Warhol. L’approche s’est faite différemment et avec humour. Le concept se trouve dans la question elle-même «  Et si Warhol avait été Suisse?  ». C’est histoire de transférer une célébrité dans un autre pays et dans une autre époque. Andy Warhol a-t-il été célèbre parce qu’il était à New York ou seulement parce qu’il était un génie? Le lieu avait-il une influence sur le travail d’un artiste? Aurait-il réussi de la sorte dans un pays comme la Suisse? Ainsi, s’il avait décidé de travailler en Suisse, ce sont sans doute les produits de consommation suisses qui auraient été le sujet de ces œuvres. Je me suis donc amusé à créer les œuvres (Et si Warhol avait été Suisse?) dans l’esprit de Warhol. Le fait que sa technique «  la sérigraphie» m’était déjà familière a sans nul doute aidé dans le choix de l’artiste, le fait que sa production est immensément connue et que j’adore son œuvre également. J’ai pu très vite constater à quel point le public était déjà conquis en entrant dans une galerie présentant ce travail-là. Pas besoin d’apprivoiser les œuvres proposées par un artiste inconnu ou de comprendre la démarche. Connaissant déjà le travail de Warhol et ayant une familiarité avec les produits proposés sur les œuvres, j’imagine des histoires tout naturellement. Et là on se rend compte du lien fort que la population a avec tous ces produits qui occupent notre quotidien ou ont baigné notre enfance.

Au vu de cette facette de ton travail, penses-tu que l'art est un produit de consommation comme un autre?

A mon avis il y a autant de relations différentes que de producteurs et de consommateurs d’art. Peut-on répondre réellement à cette question, de manière générale? Je ne crois pas! Pour ce qui est de ma série sur «  Et si Warhol avait été suisse?  », il y a eu une évolution que je n’avais pas prévue à l’origine du projet. En effet, ce projet était destiné à animer une exposition, mais celle-ci connu un tel succès et une telle demande que je me suis trouvé à produire un grand nombre d’oeuvres, toujours en monotype. Cette facette me plait également, vu que le travail de Warhol était lui même commercial. Alors que ce projet le devienne également, le fait évoluer dans un sens qui ne me déplait pas, et finalement il n’en devient que plus abouti.

Peut-être que dans certains cas on se rapproche plus de l’achat compulsif avec ces œuvres-là et la frontière entre un produit de consommation quelconque et une œuvre d’art devient peut-être moins évidente. Toutefois elles restent des œuvres d’art et j’espère que l’émotion rentre en ligne de compte lors du choix d’une œuvre. Naturellement, les motivations d’un amateur d’art ou d’un autre ne sont pas les mêmes, mais l’émotion est au final toujours là.

Une autre partie de ton œuvre s'oriente plus sur des questions écologiques, telles que la pollution urbaine, comment se déroule la création de ces grandes toiles posées à même le bitume sur lesquelles roulent les voitures, comment t'est venue cette idée?

Tout a commencé le jour où j’ai remarqué les taches laissées par ma voiture sur ma place de parking (oui j’en ai une). Je les trouvais scandaleusement esthétiques dans leur composition, elles ne se limitaient pas à quelques taches noires mais à une foule de couleurs variées, le marquage routier était lui même délicieusement sale et taché. La composition que ça donnait était très équilibrée dans son déséquilibre. J’entends par là qu’il est souvent difficile de recréer l’évolution naturelle d’un lieu, que seul le naturel peut se permettre de produire des choses bizarres. L’idée m’est alors venue de recréer ces compositions polluantes en posant une toile sur le sol, afin qu’elle réceptionne ces pollutions et autres taches aléatoires.

A la base la toile devait être blanche, mais je suis directement passé à une couleur imitant le sol et le marquage d’une place de parking. Après de longues semaines, les pollutions indirectes des véhicules qui s’y garaient ont commencé à apparaître. Avec les taches de pollution et les marques de roues, sont apparus les accidents de la vie quotidienne (produits se renversant et taches diverses et variées). Une toile a même des dessins d’enfants faits à la craie. Le concept était lancé, il allait évoluer en partant à la conquête de la ville. Stations service, garages de mécanique, rues et trottoirs, marquages en tous genres… le champ était pour moi immense. Comme le concept imposait une portion de route avec sa pollution, sur une toile, j’ai voulu donner une touche de réalisme à ces œuvres en y intégrant des moulages de plaques d’égouts. Cela donne un résultat encore plus réaliste. Les plaques d’égouts en tous genres font vraiment partie du paysage urbain, elles donnent des informations sur l’utilisation du sous-sol et aident à localiser cette portion de rue. Elles donnent aux toiles une identité.

Dans quelle ville souhaiterais-tu encore expérimenter ce procédé?

Après Genève, j’ai travaillé dans d’autres villes au gré des opportunités, New York, Barcelone et Dakar se sont trouvés sur mon chemin. Dans presque chaque ville l’expérience est nouvelle et les découvertes nombreuses, les techniques de marquages et les enduits routiers sont souvent différents. Je me suis rendu compte que l’expérience de polluer des toiles après les avoir marquées s’avérait être une nouvelle aventure dans chaque nouvelle ville. A chaque fois, il faut s’adapter aux cultures, à la langue, à chaque fois il faut convaincre, expliquer, c’est vraiment très enrichissant. Après viendront d’autres villes, mais je n’ai pas de priorité.

Pour ma part, je trouve  ces œuvres touchantes, c'est l'idée de laisser une trace, les marques des véhicules, mais aussi la trace que l'artiste laisse avec son œuvre. Qu'est-ce qui t'inspire profondément et qui te pousse à créer, qu'est-ce qui alimente réellement ton travail?

Depuis toujours, les arts plastiques sont le mode d’expression dans lequel je suis le plus à l’aise, je l’ai donc naturellement privilégié pour m’exprimer, cela ne s’explique pas vraiment, je ressens le besoin de créer, et comme je suis sensible à ce qui m’entoure, les idées fusent en rapport avec mon environnement. La ville est devenue mon terrain de prédilection, pour moi la vie se trouve là, au cœur des cités.

Quelle est ta définition de l'artiste? et quels sont ceux d'aujourd'hui que tu admires le plus?

 «  Les caractères utilisés à propos des artistes sont particulièrement variables dans l'histoire et n'ont pas de définitions universelles. Ils ont comme origine une expérience, une appréciation personnelle, un regard et sont la conséquence d'un intérêt collectif propre à une culture. De plus, la notion d'artiste – ou son absence – et l'imaginaire qui l'accompagne, est liée à l'idée de sujet et d'altérité chez un groupe humain, à une époque déterminée.  » (Source: Wikipedia). Les artistes ont tous un rôle à jouer dans la société à laquelle ils appartiennent. Grâce à leur sensibilité, à leur vision détachée, ils sont à même de prévenir une éventuelle déviance même partielle de la société donnée. Leur rôle est donc capital à mes yeux, tant parfois la masse ne voit que ce qu’on veut bien lui montrer.

Les Artistes que j’admire… le plus souvent ce sont ceux qui réussissent à garder une liberté de création, qui arrivent, grâce à leur travail, à dénoncer d’une manière ou d’une autre, à garder un regard détaché sur cette société qui les entoure, sans pour autant faire que ça, on est bien d’accord. Les élites sont souvent des élus du peuple, mais quand le danger vient de cette élite en laquelle on a trop facilement confiance, c’est le rôle des artistes que d’être une sorte de soupape de leur société, les premières lampes qui se mettent à clignoter comme une alarme.

Site  Web et photos: Nicolas Noverraz