Une photographe chanceuse...

DESIGNRosepoudrée

... ou une chanceuse photographe

Il est des rencontres qui vous marquent, des gens dont vous vous souviendrez quoi que vous fassiez et peu importe ou vous irez. Julie, photographe fait partie de celles-là. Jeune fille rebelle, étudiante révoltée et déroutante, à la personnalité forte. J'ai gardé d'elle l'image d'une jeune femme à la bouche en coeur et à l'assurance inébranlable, une brune incendiaire de caractère, à la beauté certaine et impétueuse.

Nous avons partagé ensemble "les bancs" d'une école d'art, souvenirs lointains d'une période révolue où l'on avait la chance de faire de la photographie argentique, et oui, si si, je vous assure, on développait nous-mêmes nos clichés dans ce laboratoire photo, ancienne morgue de l'hôpital, à ce qu'on disait. Et la magie de l'image apparaissant sur le papier n'a pratiquement pas d'égal pour moi dans le monde de la création artistique. C'est une sensation unique et magique. Vous devriez essayer.

Cette fille-là, c'était déjà une artiste, sans même le savoir peut-être, une férue de photo qui mitraillait à tout va ces petits amis de l'époque ( elle verra à quoi je fais allusion...). Une fille toujours en marge des autres, agaçante et insolente, mais surtout prête à sortir du rang. C'est donc tout naturellement que je la voyais dans les pages de Rosepoudrée. Sa photographie contemporaine est provocante, juste ce qu'il faut. Ces portraits sont ce qui m'a le plus parlé dans son travail. Ils ont cette dose d'ironie nécessaire qui me plaît tellement. Je lui ai donc demandé de partager avec nous son univers et quelques portraits, en primeur, évidemment...Détendez-vous, on s'occupe de tout...

Une photographe chanceuse...
julie

Interview

Julie, comment as-tu débuté en tant que photographe indépendante ?

En effet, c’est souvent un pas qui fait peur. L’année suivant mon poste d’assistante à l’ÉCAL, un de mes amis graphistes de Lausanne me proposait de refaire les photographies du catalogue de l’EPFL. C’était mon premier mandat après la naissance de mon fils et surtout, c’était mon premier contrat à cinq chiffres. À ce moment, je me sentais assez sécurisée pour me lancer à mon compte.

Quels sont tes sujets de prédilection ?

Je me sens très généraliste dans le choix des thèmes. Tout est dans la manière dont on le traite.

Qu'est ce qui définit "ta" photographie, quelle est ta ligne directrice?

Trois choses en fait: l’esthétique (composition, lumière), le sujet traité (par image individuelle ou en série) et la réflexion/l’émotion que j’aimerais transmettre au spectateur. Si ces trois éléments y sont, je suis satisfaite de mon travail.

Comment envisages-tu le portrait en photo ?

De plusieurs angles au fait. Je cherche vraiment à sentir la personne avant qu’elle passe sous mon objectif. Tout dépend du but final de la photo : est-ce pour un projet d’art ? Une publication presse ? La visibilité de la personne pour son activité professionnelle...Bref, je me pose un tas de questions avant de commencer un portrait. Une fois cette étape passée, je fais des recherches sur le web pour illustrer mes inspirations au modèle et s’il est d’accord avec mon draft, on passe à l’acte. Un portrait, c’est vraiment un travail de collaboration entre le modèle et le photographe.

Je crois savoir qu'il y a toujours un côté décalé, (humour noir) dans tes clichés, que cherches-tu à provoquer chez le spectateur ?

Souvent, j’admets. Pour EQ2 / Nuance par exemple, je trouvais important de mettre le doigt sur le fait que des joueurs de foot étrangers (ici des joueurs du FC SION notamment), faisaient parti du patrimoine valaisan. Vêtir ces joueurs d’un costume traditionnel du canton, me faisait intimement jouir en imaginant faire pâlir quelques spectateurs racistes. Ce n’est jamais une provocation gratuite, il y a toujours un petit message derrière.

Arrives-tu aujourd'hui à vivre de ton art ?

Disons qu’il était évident pour moi de devoir dissocier mon travail artistique de mon travail corporatif. Je gagne principalement ma vie avec la photographie technique, mais celle-ci me permet de prendre du temps libre pour me faire plaisir et avancer mes travaux personnels. Je n’ai plus cette pression de devoir me soucier de vendre à tout prix mon travail d’art afin de pouvoir manger et j’ai la tête libre quand je travaille pour moi-même.

Où peut-on découvrir ton travail ?

Principalement sur mon site web jllphotographies.com, dans certaines revues et lors d’expositions solo ou collectives.

© Photos Série Zombieland:Jil photographies